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Guadeloupe : le gouvernement craint la contagion

La grève générale se poursuit en Guadeloupe et en Martinique "contre la vie chère" .

mardi 10 février 2009

Céder. Jusqu’où et dans quelles conditions ? La grève générale qui se poursuit en Guadeloupe et en Martinique "contre la vie chère" suscite les plus vives inquiétudes au sommet de l’Etat. Avant la rencontre sociale du 18 février convoquée par Nicolas Sarkozy, le gouvernement redoute que les mesures en faveur du pouvoir d’achat qui seraient consenties dans les îles servent, en métropole, de référence aux syndicats.

De son côté, Ségolène Royal a estimé, mardi sur RMC, que la crise sociale dans les Antilles est "peut-être le signe avant coureurde ce qui peut se passer" en métropole.

Sommé de rentrer à Paris, dimanche 8 février, au beau milieu des discussions avec les leaders syndicaux et patronaux de la Guadeloupe, Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’outre-mer a dû rendre des comptes au premier ministre, François Fillon. Le bilan de cette négociation devait être établi lundi. Le premier ministre s’est accordé un délai supplémentaire de 24 heures pour évaluer les conséquences et le coût des engagements pris pour la Guadeloupe, qui devront être étendus dans les autres départements de l’outre-mer, la Martinique elle aussi touchée par la grève générale, mais aussi la Guyane et la Réunion.

Lors d’une réunion interministérielle, mardi en fin de matinée, le gouvernement devait étudier les conditions de mise en œuvre des 131 points d’accords conclus entre M. Jégo et les leaders syndicats du collectif contre l’exploitation Lyiannaj kont pwofitasyon (LKP). Mais la 132e revendication, la plus sensible restait en suspens. Elle prévoit une augmentation salariale de 200 euros par mois pour 45 000 salariés, soit 108 millions d’euros.

"PROCÉDURE D’USURE"

A 8 heures par e-mail, recevez la Check-list, votre quotidien du matin. Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts Martinique : premiers signes de baisse des prix A l’appel de l’Intersyndicale et du "collectif du 5 février", des millliers de personnes ont, de nouveau, manifesté dans le calme à Fort-de-France, en Martinique. Les gérants de stations-service avaient décidé de tout fermer et le syndicat national des banques a appelé à la grève. Les négociations ont repris à la préfecture. Les représentants de la grande distribution se sont engagés à faire baisser immédiatement de 10% le prix d’une centaine de produits de première nécessité. Pour se rapprocher des 30 % réclamés par les syndicats, d’autres pistes (TVA, octroi de mer etc) restent à négocier. – (Correspondant.) Sur le même sujet Son A Pointe-à-Pitre, des manifestants en colère et déterminés Guadeloupe : un pré-rapport détonant sur la filière pétrolière Guadeloupe : l’augmentation des bas salaires au menu du gouvernement Guadeloupe : la "pwofitasyon" ne passe plus Les faits Guadeloupe : départ surprise d’Yves Jégo Les faits Ségolène Royal prête à prendre en charge l’outre-mer au PS

Pour le gouvernement, la tentation reste forte de réduire cette revendication à un "conflit entre patrons et syndicats". Mais tancé par le secrétaire d’Etat qui, lors des négociations, a dénoncé les abus de certaines entreprises locales et des compagnies pétrolières, le Medef de Guadeloupe s’est aussitôt retourné vers Paris pour obtenir des contreparties : il demande des compensations supplémentaires aux allégements de charge qui s’appliquent à hauteur de 1,4 à 1,5 fois le SMIC. Une sorte de donnant-donnant qui embarrasse fortement le gouvernement. "Il ne peut pas y avoir deux lois de la République, en métropole et en outre-mer (…) Il faut travailler à un équilibre" a commenté Frédéric Lefebvre le porte parole de l’UMP.Chez M. Jégo on fait valoir que "la situation exceptionnelle de la Guadeloupe, de nature insurrectionnelle, nécessite des mesures exceptionnelles."

Pendant qu’Yves Jego joue son avenir à Paris, toute la Guadeloupe a continué de défiler. Lundi, à Pointe-à-Pitre, un cortège de dix mille personnes s’est étiré à l’abri du soleil sous les parapluies alors que la grève dure depuis trois semaines. De la Mutualité à la Place de la Victoire, les manifestants respectent à la lettre la recommandation du leader du LKP, Elie Domota. "Nou ké avancé gentileman", a dit le créateur du Collectif contre l’exploitation.

"On n’est pas violents, on est intelligents. C’est vous qui nous avez formés", ironise Valérie, 37 ans, comptable. "Ce ne sont pas des négociations qui ont commencé avec le gouvernement. C’est une procédure d’usure. Mais on ne se battra pas par la force", insiste la jeune femme.

Les jeunes sont là par centaines. Le président de l’université a annoncé le matin même la fermeture de l’établissement. Dans l’île, où le taux de chômage est de 25 %, près d’un jeune sur deux est sans travail – avec ou sans diplôme. Charles Baron, un chirurgien dentiste et militant socialiste de 47 ans, se réjouit, lui, de ce sursaut de vigueur de la démocratie. "Le peuple est en train de demander des comptes. Ses élus n’ont pas été à la hauteur. Donc il reprend son pouvoir". Michel Delberghe et Béatrice Gurrey (à Pointe-à-Pitre)

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